Femmes... au bord de l'entreprise par Gisèle Szczyglak Publié le 30/09/2009 dans la catégorie Paroles de Coach
Vous êtes fatiguée par les frasques de votre supérieur hiérarchique. Il vient de promouvoir le jeune blondinet fraichement arrivé dans votre service. Moins cher que d’autres candidats plus efficaces, à peine sorti de l’école, il n’a aucune responsabilité familiale. Pas de congé parental à son actif, ni de décolleté profond à lorgner. Un questionnement vous saisit. Vous hésitez. Ses tableaux croisés dynamiques ont quelque chose de plus que les vôtres. Votre patron a des préférences qui vous étaient inconnues. Vous y avez songé, un instant. Vous vous êtes ravisée.
Alors, qu’est-ce qui ne va pas ? Vous avez fait carrière comme n’importe quelle femme moderne. Vous avez fait des études. Vous vous êtes investie dans un secteur qui vous plaisait. Vous êtes même plus diplômée que la plupart de vos collaborateurs. On vous parlait du privé, de l’entreprise…Finalement, ce n’était pas aussi terrible que vous le pensiez. Alors, comment se fait-il que vous ne rouliez pas avec la même voiture que votre collègue qui a exactement le même poste que vous, la même ancienneté ? Pourquoi n’avez-vous pas son aisance ? Sa confiance ? Sa fermeté lorsqu’il prend la parole en réunion et que tout le monde l’écoute. Est-ce à cause de son costume ? Non, il s’habille très mal. Tout le monde l’a remarqué. Jamais une cravate bien coordonnée et puis sa mèche sur son front dégarni, c’est terriblement ringard…
Que s’est-il passé ? Votre supérieur hiérarchique est un adepte du principe de Peter. Or, vous n’avez pas encore atteint votre degré d’incompétence. C’est pour cette raison que vous n’avez pas été promue. Alors que le petit blondinet…c’est évident, il est incompétent ! Il a touché sa promotion ! Puis là encore, vous vous ravisez. Vous n’êtes pas tout à fait sûre du degré de culture de votre manager, question sociologie des organisations…Et puis, vous réfléchissez…une remarque anodine de votre autre collègue féminine à propos du petit blondinet. Oh, celui-là, il est politique ! Là, votre sang ne fait qu’un tour. Vous n’avez jamais été politique. Cela ne vous intéresse pas. Ce qui compte, c’est le travail bien fait…C’est ce que votre éducation et vos études vont ont appris. Tant pis si d’autres monopolisent la parole en réunion ! On sait que vous êtes compétente. C’est pour cela que vos collègues ont l’habitude de déposer sur votre bureau les dossiers délicats pour lesquels ils sont assurés que vous trouverez la solution adéquate. Vous l’a-t-on seulement exprimé en termes clairs et précis que vous étiez compétente ? C’est implicite, vous vous dites pour vous rassurer. Pourquoi est-ce que cela ne devient pas explicite, officiellement reconnu par vos pairs, votre hiérarchie, l’entreprise pour laquelle vous vous dévouez quitte à ne plus, certains soirs, voir vos enfants vous sourire avant la nuit réparatrice ?…Peut-être est-ce à cause de moi ? Peut-être ai-je un problème de communication ?, vous interrogez-vous. Puis, c’est la révélation foudroyante : vous êtes une femme !
Rien ne vous avait préparé à cet exercice mental ! Vous pensiez vivre dans une société égalitaire…La barbarie, les injustices, c’est pour les autres. Pas pour vous et vos congénères. Ils ont tous des femmes ! Ne sont-ils pas au courant qu’elles sont intelligentes comme n’importe quel être humain ? Vous vous effondrez. Comment lutter contre un hasard biologique qui a fait de vous un individu féminin ? Rien à faire de ce côté-là. La transsexualité, c’est pas votre truc… Vous songez…Faire un bilan de compétences…Aller voir le psy que votre amie vous a chaudement recommandé…Demander un entretien avec les Rh. Non ! Trop risqué. Vous savez comment ils fonctionnent même si ce sont majoritairement des femmes. C’est une fonction support…Vous ne croyez pas vraiment en leur pouvoir décisionnel… Alors, qui a le pouvoir ? Eux, vous pensez. Eux, les hommes qui sont politiques, vendent leur image, se savent compétents et l’expriment attendant, avec le plus grand naturel, la réciprocité acquise de leur entourage comme un dû. Pourquoi pas moi ?, vous dites vous. Sur ce point, vous avez entièrement raison. Pourquoi pas vous ?
Gisèle Szczyglak
• Lien vers cet article :
Vous pouvez faire un lien vers cet article si celui-ci vous a parut intéressant.
Voici l'adresse permanente de cet article :