Stress et stratégies d’ajustement : une étude exploratoire sur les moyens de faire face développés par un service des urgences de nuit
Au sein des hôpitaux, le service des urgences tient une place à part, du fait de la nature même des tâches, et car les urgences sont le service le plus ouvert sur l’extérieur.
Tout y est éphémère, même l’agonie et la mort. Les agonies lentes se déroulent plutôt dans les autres services spécialisés où sont transférés les malades s’ils ne sont pas décédés de mort subite…
Le public n’est pas le même que le jour, avec un surcroît de personnes qui souffrent de problèmes psychiques divers, de tentatives de suicide, d’état d’ébriété, de personnes sans domicile fixe. Le sentiment d’angoisse lié à la nuit et des situations de violence caractérisent ce contexte professionnel.
De part leurs activités et leurs responsabilités, les soignants subissent une forte pression dans leur travail qui peut se traduire par une plus forte tension perçue ou subie que dans d’autres métiers. En effet, la situation d’urgence impose une grande maîtrise des compétences professionnelles : les erreurs peuvent avoir des répercussions beaucoup plus graves que dans la plupart des professions.
Ainsi, un des facteurs de stress le plus évoqué est la pression de la famille du patient, également la gravité de la situation, la mort, la surcharge de travail, le comportement du médecin… sans oublier
d’autres facteurs directement liés au contexte nocturne du travail : la violence, les sorties avec le SMUR, la fatigue, le sentiment de solitude et l’angoisse des patient qui est accrue pendant la nuit.
Une des stratégies d’ajustement efficace mise en évidence est l’humour.
En effet, l’humour est un facteur de santé mentale et de bien être psychologique et émotionnel en agissant comme une protection contre le stress dont il réduit les conséquences émotionnelles délétères. Il renforce l’état positif et réduit l’état d’esprit négatif (anxiété, fatigue, hostilité) et confère une certaine stabilité d’humeur en cas d’évènements stressants. L’humour contribue largement à dédramatiser l’atmosphère. Le rire est donc utilisé pour détendre les patients angoissés « quand tu vas voir un malade qui est énervé, tu vas discuter avec lui, le calmer, tu lui sors une petite blague ou deux, tu arrives à lui sortir un petit sourire, alors ça se passera très bien », mais aussi pour décompresser vers la fin de la nuit pour l’équipe soignante « tu relâches les soupapes. Souvent on raconte de petites anecdotes, à la fin de la nuit, on rigole, on dit des bêtises ».
Cette stratégie d’ajustement apparaît souvent comme un excellent moyen d’évacuer et de lutter contre le stress.
Laurence Monteillard